Vers courts pour longs temps (26)

Poser des mots sur le papier
Comme poser un pied dans l’inconnu.
Boire à la source de la fertilité
S’emplir de sagesse l’esprit.
D’anciens songes remontent,
De vies passées, oubliées,
De combats joyeux, de joutes amicales
Dont on voit le trouble reflet
Dans le cercle tremblant du puits primitif.

Gagner le bord de la falaise
Comme effleurer le bord du monde.
Inspirer le vent sauvage à son envol,
Étendre les bras vers l’infini.
D’anciens songes remontent,
De vols grisants et ensorcelants,
De courses folles dans l’espace infini.
Rejoindre les Âmes audacieuses
Dans le domaine divin du Grand Nord.

Plonger dans mes pensées obscures,
Comme plonger dans le fjord glacé.
Nager à contre courant dans les eaux noires,
Frôler le corps du serpent sous-marin.
D’anciens songes remontent,
De plongées envoûtantes et complices,
Corps à corps voluptueux
Dans les flots assourdis de mon enfance
Où les âmes s’entrecroisent en un fleuve majestueux.

*****

Un flocon voltige
Du ciel voilé,
Deux flocons dansent
Au gré du vent taquin,
Trois flocons disparaissent
Dans le printanier manteau.

Une goutte assaille
Une sèche pierre,
Deux gouttes s’unissent
Entre les plats galets,
Trois gouttes échappent
Au ciel voilé.

Un ru fuit
Entre les mains jointes,
Deux rus forcent
Un barrage de brindilles amassées,
Trois rus ravissent
Les sèches pierres.

Un ruisseau ondule
Entre les herbes folles,
Deux ruisseaux charrient
Un souvenir de source céleste,
Trois ruisseaux fouettent
Les mains jointes.

Une rivière porte
Une vie nouvelle en son flot,
Deux rivières clapotent
Épanouies du prochain enfantement,
Trois rivières abreuvent
Les herbes folles.

Une cascade s’élance
En un terrifiant fracas,
Deux cascades s’affrontent
Géantes cracheuses de gerbes,
Trois cascades pleurent
La vie nouvelle en leurs flots.

Un fjord accueille
Une naissance achevée,
Deux fjords élargissent
Un horizon restreint de rêveur,
Trois fjords étouffent
Le terrifiant fracas des origines.

L’océan s’étend
Devant nos yeux d’enfants.

*****

Devin chaudron, divin puits,
Montre dans le froid miroir
Bouillonnant des larmes frileuses
De La Grande Dame,
Par trois coups frappés,
De dextre, de senestre,
Par trois tours remués,
De sens usité, de sens inversé,
Devin puits, divin chaudron,
Frémissant reflet de l’âme endormie.

Tournoient les noirs silhouettes
Voilant le ciel moribond,
Couvrent les spectres décharnés
Oubliés des mémoires terrestres,
Blanchit la pluie de cendre
L’humus pourrissant du passé,
Dans la fantomatique forêt
Fume la béante bouche,
Tremble les pierres érigées,
Renaît le sanctuaire négligé.

Devin chaudron, divin puits,
Montre dans le froid miroir
Bouillonnant des larmes frileuses
De La Grande Dame,
Par trois coups frappés,
De dextre, de senestre,
Par trois tours remués,
De sens usité, de sens inversé,
Devin puits, divin chaudron,
Frémissant reflet de l’âme endormie.

Murmure les incantations primordiales
Soulevant le voile retombé,
Rallume le feu primitif
Sous la racine sacrée,
Conjure l’Un premier
Par le sceptre sculpté de l’aïeul,
Réapparaît le sorcier immaculé
Du brumeux édifice,
Poigne serrée en une coquille,
Renaît le blanc corbeau.

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Catégories : Poèmes, Vers courts pour longs temps | Étiquettes : , , | Un commentaire

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Une réflexion sur “Vers courts pour longs temps (26)

  1. Merci pour ces trois nouveaux poemes !

    Aimé par 1 personne

petits mots

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