Essai

Les Conteurs du Nord de Régis Boyer

Les peuples du nord sont de grands conteurs. Sous des aspects un peu bourrus et introvertis, en privé, chacun y va de sa petite anecdote personnelle ou de grandes histoires familiales racontées depuis des générations.

Le conte servait en premier lieu à divertir, sous ces latitudes où la vie était très difficile, il permettait d’alléger le quotidien. Dans un second temps, il servait de justification, à donner un sens au monde, car le conteur nordique n’aime pas l’absurde, la magie n’a que peu de place dans les contes. Les héros n’ont pas de pouvoirs, ils sont simplement des représentants hors pair de leur lignée, par les valeurs qu’ils portent en eux. Bien sûr on y rencontre des trolls, des revenants et autres créatures fantastiques, mais eux-mêmes ne possèdent pas de caractéristiques magiques, ils font partie du quotidien, car chez les scandinaves, la frontière est mince entre notre monde et l’univers surnaturel. Le conte a également des valeurs pédagogiques, il donnait les règles pratiques de comportement. Et pour finir, il servait à contrôler, à maintenir les convenances par la dérision et l’humour.

Il faut remonter aux peintures rupestres pour aborder la genèse des contes. L’analyse des gravures se superpose à celle de certains textes. Ce sont des thèmes qui se sont enrichis pendant les siècles de paganismes, puis de chrétienté. Ils ont aussi contribué à enrichir la littérature scandinave moderne dans laquelle on trouve de multiples traces de ces contes du temps passé.

Régis Boyer maîtrise bien son sujet qui le passionne comme d’ailleurs tout ce qui touche à la littérature scandinave. Je ne peux que redire sans cesse la même chose sur ses études, c’est dense, complet et très bien documenté. Celle-ci est peut-être un peu plus spécialisée que les autres. Le thème porte davantage sur les contes en eux-mêmes que sur les conteurs, c’est un peu trompeur. Mais on lui pardonne volontiers !

Pour en savoir davantage: Les Conteurs du Nord

Les Conteurs du Nord

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La Grande Déesse du Nord de Régis Boyer

La Grande Déesse est un thème courant dans tout le domaine indo-européen. Dans le nord ancien, elle n’existe déjà plus en tant que telle, mais Régis Boyer tente ici de cerner les divers aspects de cette figure dont ont hérité les dieux et déesses scandinaves ainsi que les êtres peuplant l’univers nordique comme les Mères, les Nornes, les Valkyries, les Dises ou les Vanes.
La Déesse était nécessairement la donneuse de vie, la parturiente et nourriceuse, elle procrée sans époux attitré (la notion de « père » n’a surgit qu’il y a 7000 ans), se reproduisant par auto-genèse. Avant que les indo-européens n’ajoutent leur touche culturelle au substrat scandinave déjà présent, la Femme régnait donc en maîtresse sur ces terres. Ce n’est qu’avec cet ajout que la notion de parité intervient : pour que la Déesse (tellurique) puisse être fécondée, on lui attribue dès lors un dieu, solaire de préférence, qui lui apportera la chaleur et la lumière printanière après le rude hiver nordique. Ensuite chronologiquement émerge l ‘Homme en tant que divinité première et essentielle.
C’est ainsi que les caractéristiques de notre Déesse primordiale se retrouvent « dispersés » dans nos déesses et dieux, car cette Grande Mère est devenue un collectif. J’insiste sur la présence des dieux dans la représentation du féminin puisque plusieurs d’entre eux ont un aspect double, pour ne citer que Njord ou Freyr pour exemple. Le premier, dieu de la mer, père nourricier, ayant été vraisemblablement masculinisé comme tendrait à le prouver son double germanique Nerthus typiquement féminin. Pour le second il ne serait qu’une face de sa parèdre Freya qui représente son aspect féminin ou inversement.
Régis Boyer étudie ensuite les trois déesses qui à ses yeux ont pris le visage de La Grande Déesse : Freya, Frigg, Skadi, l’une possède son côté fertilité/fécondité, l’autre sa face mère, épouse et la dernière son aspect guerrier. Toutes les autres déesses recensées dans la littérature sont des hypostases des trois citées.
Je ne suis pas tout à fait d’accord avec le choix de ces trois déesses, mais l’essai n’en reste pas moins très intéressant. Comme d’habitude avec l’auteur, il faut savoir lire entre les lignes, déduire. Mais on sait toujours à quoi s’attendre avec Régis Boyer : du sérieux, de la passion et beaucoup de digressions ! Il faut lire et relire pour extirper tout le contenu dans ses moindres détails. Il faut aussi avoir à sa connaissance toutes les bases de la mythologie nordique, tous les mythes principaux, sinon gare aux décrochages !

Pour plus d’informations sur ce livre:
La Grande Déesse du Nord

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