Vers courts pour longs temps

Vers courts pour longs temps (33)

Au puits des artifices s’évanouit mon image
Aucun souvenir de ma trace ne surnage
Le temps me sème dans son labyrinthe.
Jusqu’à la fosse mes larmes serpentent:
Désormais personne ne se penche
Sur mon miroir aux âmes blanches.

Insignifiante forme invisible dans les pensées,
Dans les reflets méprisée:
Aux autres forces dominantes
Les prières demeurent puissantes.
A la délaissée reste l’abandon,
Une mort sans renom.

Je suis là
Dans les houleux tracas
D’une vie trahie
Par l’oubli.
Je fus
Et ne suis plus.

*****

Quand la lame tranche
La goutte tombe.
Quand la rune tombe
Le destin tranche…

La rame sous la lune
Heurte la mer calme
Rompt à l’amarre l’âme
Dérive entre les dunes…

*****

J’ai laissé la plume à l’oiseau
Les mots s’en sont allés
Hauts dans le bec des corbeaux.
Père entend les poèmes déclamés
Lourds de sens cachés.

J’ai laissé la branche au bouleau
Les runes ont reposé
Froides dans les frimas hivernaux.
Yggdrasil parle dans mes pensées
Première lodt dressée.

J’ai laissé les pierres au ruisseau
Les trolls se sont cachés
Silencieux sous le végétal fardeau.
Midgard tombe dans l’obscurité
Dans la fosse creusée.

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Vers courts pour longs temps (32)

Il n’est de pires instants
Que ceux où l’on tombe,
Où l’on sent l’impitoyable lame
Transpercer la fragile cuirasse.
Sur le champ de bataille
La terre s’ouvre en un puits profond.

Les jours sont comptés
Quand on les disperse
Dans de hasardeuses aventures,
Sur la houleuse mer des saisons,
Il faut naviguer sans détours
Pour gagner les anneaux de la gloire.

Habileté, hardiesse et vivacité
S’épuisent en combats vains, en pensées pauvres
Quand plus armé vient pousser le destin
Il est tard pour tenter un nouvel assaut.
Vite la place se prend au médiocre chef
Il n’est plus temps de faire éclat.

*****

À l’Yggdrasil
Pendu, par le pied retenu
À la liane
Tendue, balance l’Attendu.
Père observe
Perché sur le Bois déifié
À l’Yggdrasil
Maintenu, l’Apprenti reconnu.

À la Source
Glacée, de la main lacérée
Par l’onde
Acérée, s’offre l’Initié.
Flux coule
Pressé, dans le sang versé
Par la source
Déchainée, l’Élève est consacré.

Par le Serpent
Plessé, le corps traversé
Dans le courant
Malmené, hurle l’Invité.
Douleur s’épand
Féconde, dans la sève abonde
Par le Serpent
Dressé, la force du sacrifié.

*****

J’ai parcouru l’onde des temps,
Croisai bien souvent
Sans que le courant ne se rompe
De tranchants écueils
De volontaires naufrages.

J’ai échoué dans la conquête
De terres fertiles,
De pays asservis
Sous le joug de sombres despotes.

Maints fois l’ennemi tenta de ternir
L’étincelle du ciel nordique
Étoile de nos nocturnes navigations.

Fidèle à mon cap
J’ai navigué sur les flots des cycles
Sans une fois renier le fier nom.

Il disparut pourtant
Dans la caverne béante
Sous le grand tourbillon des remous
Oublié des légendes anciennes.

Balancée par les vagues du destin
J’ai heurté le bas-fond sacré
Y attendait le dieu blanc
Porteur de lumière pure,
Passager clandestin en mal de vie.

Sur le maigre rafiot
De la voile à la coque
Craquent les os corrompus,
Supplient les âmes perdues
Sur notre monde en péril.

Lui tenant la barre
Sur les eaux déchainées,
Moi écopant de la coupe
Les deux mains serrées,
En chœur chantons encore
La prière du Père des Mers,
Le refrain au Père des Morts.

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Vers courts pour longs temps (31)

Une plante dans un pot
Une âme dans une peau
Déracinées… de leurs plaines sauvages
Se meurent loin de la vie.

Des rivières coulent
De l’une à l’autre
Assèchent la blanche
Dessèchent la rouge.

Dans les prisons de terres modelées,
Artificielles demeures,
Fausses existences,
Sang et sève se figent.

Heures comptées
Sous la lumière diffuse
À l’abri des pluies
Horizon est entravé de factices forêts.

Un étroit balcon,
Un paysage condamné
Dans un monde immense retiennent
Prisonnières des Hommes fous.

Femme Fleur devine au loin
Sous la tente les anciens
Chantant devant le feu
LA Fin des temps…

*****

Un pied sur la planche :
Derrière l’ombre de la voile,
Ferme et rassurante,
Devant le scintillement des vagues,

Instable et incertain.
Un insoumis au bord du saut
Ferme les yeux aveugles
Aux cris de l’équipage,
À l’appel du goéland,
Au gouffre gris de l’océan.

Une main du fond de l’abîme
Harpe les cordes de mort
Des eaux froides du nord,
« Terre, terre » crie l’oiseau argenté
Devant l’île escarpée.

Une renaissance du dernier souffle
Apportée en offrande de bienvenue
À la mer la croix tombe
Là où les hommes tuent la foi
Et les Dieux redonnent l’espoir.

*****

Au ciel sombre
Dansent les Hommes Morts
Une folle farandole sur la Rivière Étoilée.
Mes aïeux m’invitent
Dans le vent irisé des trépassés.

Sursaute une timide lueur
Par-dessus le marécage vaporeux
Sur la surface glauque valse une flamme ondoyante
Follet fantôme virevolte langoureusement
Devant le passage interdit.

Dans l’onde morte
Les gardiens tourbillonnent gracieusement
Libérés des chaînes des eaux putrides
Sacrifiés aux Dieux
Abandonnés par leurs frères.

Dans les entrailles profondes
Dansent les Hommes Morts
Une folle farandole sur la rivière diamantée
Mes aïeux m’appellent
Dans les tourments diaprés des condamnés.

Choient les Honorés
S’élèvent les Reniés
Au milieu du reflet troublé
S’enchevêtrent les âmes disparues
Mon voyage ne fait que commencer.

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Vers courts pour longs temps (30)

Des quatre vents l’écho rebondit
Hurlements appellent les mâles féroces
À la meute s’allient les solitaires errants,
Maître des loups est sorti de sa tanière.

Sauvages âmes insoumises à la loi des hommes
Arrachent leurs hardes étriquées
Libèrent leur hargne étouffée
Sous leur pelage gris de mort.

Horde sanglante sort des tombeaux lutés
Oubliée sous les gravats des saines illusions,
Enchainée à la lourde dalle de la frayeur,
Fenrir grogne aux pieds de son père.

Hument le vent guerriers de la terre
Fils du feu recouvre sa voix altérée
Tremblent les traitres crapuleux
Rouge sang éclabousse le firmament.

*****

Longtemps j’ai marché
Vers toi Étoile du Monde
Vers tes Ourses ai levé mes yeux
Élan a couru plusieurs lunes
Avant que mon animal ne s’envole…
Au Seida ai donné le sang,
Le mien, beaucoup
Avant de comprendre
Où flottaient mes pieds.
Pilier du Monde élève
Ciel au-dessus de ma tête
Grimper le long du tronc
Est le chemin vers le renne sauvage.

La peau il faut enlever
Pour s’en recouvrir
Les bois il faut arracher
Pour s’en alourdir
Le chamane chante
Le chasseur frappe
Approcher l’un
Échapper à l’autre
Quand la voix éveille
Le tambour endort
Aux deux se fier
Si l’on est homme
À aucun si l’on est renne.
Prendre le risque de ne jamais revenir…

*****

Esprit m’habite
Renne court dans mon sang
Qui suis-je ?

Enfant cherche
Dans le cri des rues
Appelez-moi!

Familles chantent
Dans les étendues désertes
Je ne sais plus…

Maisons de peaux brûlent
Dans mes souvenirs confus
Où êtes vous ?

Soleil et Lune brillent
Moins haut dans mes yeux
Je ne comprends plus.

Les étoiles m’attirent
Sur leur chevelure ébouriffée
Est-ce possible ?

Les spectres dansent
Sur les nuages vaporeux
Qui puis-je ?

Le bouleau me parle
De son langage sylvain
Je perds la raison…

Le renard joue
Avec le fouet du vent
Qui peut me croire ?

Partez donc de mon jardin,
Retournez maintenant dans vos terres,
Ici-bas la mort emporte les merveilles…

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Vers courts pour longs temps (29)

Oh petite pousse
Sur le toit du monde.
Tes racines s’ancrent dans la mousse
Sans jamais atteindre la montagne.
Tes feuilles voudraient toucher les nuages.
Roche si profonde, pluie si haute,
Entre les deux, ta tige s’allonge,
Au gré du vent tourmentant.

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Vers courts pour longs temps (28)

Mes pieds meurtris sur le granit pointu,
Usées les chausses laissées au bon usage de Vidar,
De baies en baies se blessent à porter les divertissants messages.

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Vers courts pour longs temps (27)

Que le soir parait long
Quand le soleil semble éteint,
Il n’est point de ténèbres dans l’âme
Plus sombre que le crépuscule vieillissant.

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Vers courts pour longs temps (26)

Poser des mots sur le papier
Comme poser un pied dans l’inconnu.
Boire à la source de la fertilité
S’emplir de sagesse l’esprit.
D’anciens songes remontent,
De vies passées, oubliées,
De combats joyeux, de joutes amicales
Dont on voit le trouble reflet
Dans le cercle tremblant du puits primitif.

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Vers courts pour longs temps (25)

Oh Mères, rappelez vos enfants
Sur les mondes égrainés, ils sont,
Rengaines des beaux jours, chantez,
Rondes des temps vaincus, dansez.

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Vers courts pour longs temps (24)

Noire bête sort cupidement la patte griffue
De la béante caverne
Ne résiste à l’attrait merveilleux
De l’immonde parfum.

Hume le vent contraire,
Ouvre la monstrueuse gueule pleinement,
Salive à l’alléchante humeur
Sur deux pieds cherche la source somptueuse. Lire la suite

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Vers courts pour longs temps (23)

Sur le parvis du monde désespère le Messager
Devant les oreilles sourdes des geôliers de l’esprit
Se moquent les badauds blasés des sages paroles dévoilées
Qui descelle le pli cacheté trop tard délivré?
Ne sait plus écouter la musique des Maîtres
Se laisser porter par les cris venteux
Frissonner aux graves éboulements des rochers. Lire la suite

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Vers courts pour longs temps (22)

Lisse est le reflet
Miroir clair du ciel
Porte secrète des profondeurs
Ne pénètre le pic sacré le domaine englouti.

Ridée est la surface
Souffle subtil du ciel
Amant libre des hauteurs
Émeut l’huis sous la caresse d’un frisson. Lire la suite

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Vers courts pour longs temps (21)

Entends l’appel…
Jour et nuit,
Tourmente la pensée,
Rebondit d’arbres en arbres,
Jaillit d’herbes en herbes,
Émeut l’animal
Aux abois, écoute…

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Vers courts pour longs temps (20)

Dans la tombe reposent
Amis, parents ou ancêtres
Saisons passent
Mousses s’amassent
Souvenirs la mémoire emplissent
Débordent de la coupe des jours.
Dans la chaumière reposent
Femmes, frères et enfants
Saisons passent
Ruines s’amassent

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Vers courts pour longs temps (19)

Hypocrites servants,
Lâches combattants,
Dans les râteliers adverses
Se nourrit la fange perverse
Tous foins rassasient:
Grasse herbe ou glui moisi.

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