La naissance de Mjollnir, Draupnir, Gungnir, Skildbladnir, d’un verrat et d’une chevelure…


Récit inspiré du chapître cinq du Skaldskaparmal de l’Edda de Snorri Sturluson et de la tradition orale.

Il advint qu’un jour, par inadvertance, maladresse ou pure taquinerie, nul ne le saura jamais mis à part lui-même (et encore ceci n’est pas certain!), Loki coupa la magnifique chevelure de Sif. Elle mit assez rapidement Thor au courant du mauvais coup de ciseaux qui s’empressa d’acquérir quelques explications auprès dudit coiffeur. Il demanda donc remboursement pour la coupe de cheveux, qui malheureusement avait été pratiquée avec un outil magique, ce qui impliquait l’absence de repousse !

La pauvre Sif dépourvue de son plus bel attribut demanda réparation. Devant Tyr, chacun exposa les faits. Il parut indéniable que Loki devait réparer son coup de ciseau dévastateur. Il dut jurer de remplacer sous peu les mèches manquantes de n’importe quelle manière que ce fut du moment que le postiche posséda la propriété de pousser comme toutes chevelures normales.

Loki, qui possédait une foule invraisemblable de contacts aussi bien d’amis que d’ennemis, de débiteurs que de créanciers selon les circonstances, alla se présenter à la forge cachée des elfes noirs. Ils étaient réputés comme forts bons forgerons et forts habiles magiciens, ils étaient également intraitables en affaires et un brin vaniteux. C’est sur ce dernier point que Loki comptait pour obtenir d’eux un ouvrage digne de satisfaire Sif.

Il fut accueilli assez suspicieusement par Brokk, un elfe noir au regard tout aussi noir que sa peau, décharné comme un arbre mort. Il lui raconta qu’une rumeur courait sur son frère Eitri, insinuant qu’il n’avait plus la main aussi sûre qu’autrefois et que ses créations n’avaient plus la précision et la finesse attendues. Il ne voyait donc plus l’intérêt de traiter de quelque manière que ce fut avec lui, ni de le payer pour sa dernière commande.

Brokk appela Eitri, lui expliqua la chose, ce qui le mit dans une colère noire (elle aussi!) et il vociféra tant et si bien que Loki lui proposa pour le calmer de le payer comme il le devait s’il arrivait à lui prouver qu’il était encore capable de forger avec talent. Serait-il apte à façonner une chevelure en or qui pousserait comme une vraie, un bateau qui aurait toujours vent favorable dès que la voile serait hissée et qui se plierait comme un linge pour facilement son transport et une lance qui jamais ne s’arrêterait dans son jet ?

Aveuglé par son orgueil, Eitri forgea nuits et jours, bien que dans la forge il fit sans cesse jour et sous la terre toujours nuit. Loki riait de berner si facilement l’elfe par une si grossière supercherie, de l’avoir touché dans son amour propre. Au bout de neuf jours laborieux, le travail fut achevé et démontrait sans aucune ambiguïté le talent de l’elfe. Loki, fin connaisseur, était subjugué par tant de raffinement et d’ingéniosité. Il se garda bien de le dire et déclara tout net : « Pure chance ! Jamais tu n’arriveras à faire trois autres joyaux aussi magnifiques que ceux-ci ! Si cela se faisait, je consentirai à te payer et à mettre ma tête dans la balance ! Les Dieux en seront juges ! »

L’elfe se remit à la forge avec l’aide de son frère Brokk. Il lui ordonna d’actionner le soufflet et de ne pas s’arrêter avant qu’il ne vînt retirer du fourneau ce qu’il y avait mis. Il sortit de la forge, pendant ce temps, une mouche se posa sur la main de Brokk et le piqua. Il continua malgré tout à actionner le soufflet sans rien ressentir et ce jusqu’à ce que son frère revînt et retira ce qui se trouvait dans le fourneau. C’était un verrat dont les soies étaient en or.

Ensuite Eitri mit à nouveau de l’or dans le fourneau, Brokk dut encore actionner le soufflet comme la fois précédente avec la même consigne. Eitri sortit à nouveau, la mouche réapparut et piqua Brokk cette fois-ci dans le cou avec deux fois plus de force. Cette fois-ci il sentit la piqûre bien que cela ne le perturba pas dans son travail. Son frère, comme la première fois, revînt et retira ce qui se trouvait dans le fourneau. C’était un anneau d’or.

Puis Eitri mit du fer dans le fourneau et cette fois encore demanda à Brokk d’actionner le soufflet sans s’arrêter, sinon le travail serait tout à fait gâché. Il s’absenta à nouveau et la mouche revînt de plus belle. Elle se posa entre les yeux de l’elfe et lui piqua les paupières. La piqûre fut si forte que le sang perla dans ses yeux. Il ne voyait plus rien et pour chasser la mouche, il fit un large geste de la main, le soufflet retomba. Le forgeron revînt et se fâcha contre son frère qui avait surement gâché l’ouvrage. Il retira du fourneau un marteau.

Quand Loki et l’elfe apportèrent les joyaux à Asgard, il fallut décider de toutes ces merveilles laquelle était la meilleure et si Loki s’était acquitté de sa peine. Odin, Tyr et Sif s’installèrent dans les hauts sièges, les autres Dieux se tenaient au premier rang de l’assemblée. Alors Loki s’avança et présenta la lance Gungnir à Odin et à Sif, la chevelure d’or. Tous deux furent satisfaits de ces compensations.

A Freyr, Loki présenta le bateau Skildbladnir. Brokk quant à lui, offrit les autres joyaux : à Odin , il remit l’anneau qui pleure, toutes les neuf nuits, huit anneaux en tous points pareils. A Freyr, il donna le verrat qui de nuit comme de jour, court à travers les airs et les vagues plus vite que n’importe quel cheval et qui transperce de ses soies brillantes toutes les obscurités même les plus épaisses de la nuit ou du monde des ténèbres. A Thor, il réserva le marteau, avec lequel il peut frapper aussi fort qu’il veut toutes choses sans que l’arme ne soit écorchée et qui ne manque jamais le but contre lequel il la lance, qui jamais ne vole si loin qu’elle ne doive revenir dans sa main. Elle peut se tenir petite s’il la souhaite porter sous sa tunique. Son seul défaut est d’avoir le manche trop court !

Les Dieux jugèrent le marteau comme le meilleur de tous les joyaux, car il était une arme parfaite contre les géants du givre. L’elfe avait donc gagné le pari.

Loki proposa de racheter sa tête, déjà engagée par ailleurs dans d’autres affaires. L’elfe refusa donc. Loki prit ses jambes à son cou, ce qui était chose courante chez lui. « Attrape-moi donc ! » fanfaronna-t-il, quand l’elfe voulut lui mettre le grappin dessus, mais il était déjà hors d’atteinte. Il avait à ses pieds l’ouvrage qu’il devait encore aux deux frères : des chaussures qui lui permettaient de courir à travers les airs et la mer.

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