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Vers courts pour longs temps (32)

Il n’est de pires instants
Que ceux où l’on tombe,
Où l’on sent l’impitoyable lame
Transpercer la fragile cuirasse.
Sur le champ de bataille
La terre s’ouvre en un puits profond.

Les jours sont comptés
Quand on les disperse
Dans de hasardeuses aventures,
Sur la houleuse mer des saisons,
Il faut naviguer sans détours
Pour gagner les anneaux de la gloire.

Habileté, hardiesse et vivacité
S’épuisent en combats vains, en pensées pauvres
Quand plus armé vient pousser le destin
Il est tard pour tenter un nouvel assaut.
Vite la place se prend au médiocre chef
Il n’est plus temps de faire éclat.

*****

À l’Yggdrasil
Pendu, par le pied retenu
À la liane
Tendue, balance l’Attendu.
Père observe
Perché sur le Bois déifié
À l’Yggdrasil
Maintenu, l’Apprenti reconnu.

À la Source
Glacée, de la main lacérée
Par l’onde
Acérée, s’offre l’Initié.
Flux coule
Pressé, dans le sang versé
Par la source
Déchainée, l’Élève est consacré.

Par le Serpent
Plessé, le corps traversé
Dans le courant
Malmené, hurle l’Invité.
Douleur s’épand
Féconde, dans la sève abonde
Par le Serpent
Dressé, la force du sacrifié.

*****

J’ai parcouru l’onde des temps,
Croisai bien souvent
Sans que le courant ne se rompe
De tranchants écueils
De volontaires naufrages.

J’ai échoué dans la conquête
De terres fertiles,
De pays asservis
Sous le joug de sombres despotes.

Maints fois l’ennemi tenta de ternir
L’étincelle du ciel nordique
Étoile de nos nocturnes navigations.

Fidèle à mon cap
J’ai navigué sur les flots des cycles
Sans une fois renier le fier nom.

Il disparut pourtant
Dans la caverne béante
Sous le grand tourbillon des remous
Oublié des légendes anciennes.

Balancée par les vagues du destin
J’ai heurté le bas-fond sacré
Y attendait le dieu blanc
Porteur de lumière pure,
Passager clandestin en mal de vie.

Sur le maigre rafiot
De la voile à la coque
Craquent les os corrompus,
Supplient les âmes perdues
Sur notre monde en péril.

Lui tenant la barre
Sur les eaux déchainées,
Moi écopant de la coupe
Les deux mains serrées,
En chœur chantons encore
La prière du Père des Mers,
Le refrain au Père des Morts.

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