Vers courts pour longs Temps (36)

De mes griffes acérées
Avec fureur il fut gravé
Sur le pilier du monde
Le nom vrai de mon âme.
Tombèrent les lourdes gouttes
Par trois fois salées :
Une de mon front perlée
Peine de l’ardeur donnée,
Une de mon cœur blessé
Par mon œil échappée,
Une autre enfin
Par mes doigts meurtris,
Celle-là même qui lui donna la vie.

De la blessure profonde
Sur l’épaisse chair
Apparut le nectar doré
Le suave seing sacré.
Suintèrent les pesantes larmes
Par trois fois sucrées :
Une sur mes cuisantes plaies
Effaça la trace sanglante,
Une sur ma paupière gonflée
Apaisa la douleur aiguisée,
Une autre apposée
Sur ma tête penchée,
Un serment par sangs échangés.

*****

Par trois abreuvées
Sur le tranchant de l’épée,
Par six gravées
Sur le revers du bouclier,
Par neuf révélées
Sur le tambour retourné,
Mais une scarifiée
Dans la paume levée.

Par trois tressées
Sur le sol sacralisé,
Par six portées
Sur le corps gâté,
Par neuf tissées
Sur le tissu enchanté,
Mais par vingt-quatre enlevées
Dessus l’arbre sanctifié.

Sur les terres tracées
Apporte fertilité,
Sur les pierres burinées
Témoigne longévité,
Sur les bois taillées
Gardent les alliés.
Mais dans le vent formées
S’envolent de bon gré.

De paille entrelacées
S’offrent aux mariés,
De cheveux mêlées
Assurent pérennité,
De sang éclaboussées
S’animent de vitalité.
Mais dans les bâtons liées
Amènent la mauvaiseté.

*****

Me frôla l’oiseau bleu
De son bec pressé
Me vola d’un cheveu
Pour son nid tresser.
Si bas plana-t-il
Que je lui dérobai
D’un geste habile
Un pareil trophée.

Heureux procédé
À chacun fut utile
Des présents échangés
Usâmes fébriles
De ma sombre chevelure
Il put profiter
De sa belle ramure
Je remplis mon plumier.

Publicités
Catégories : Poèmes, Vers courts pour longs temps | Étiquettes : , , | Poster un commentaire

Quand les géants du givre arrivent…

La nature dort depuis plusieurs mois déjà, l’hiver est long, morne et gris et puis un jour les flocons arrivent avec leur blancheur immaculée. La joie reprend le dessus, la lumière recouvre les branches mortes, la végétation abattue s’emmitoufle d’une couverture d’espoir.
Le paysage habituel semble nouveau, inconnu. L’émerveillement ouvre le regard sur une beauté inattendue.
Le temps s’écoule plus lentement, on s’attarde à admirer un arbre enneigé, les étendues vierges de toutes traces. Des souvenirs d’enfance resurgissent avec ses envies de bonhommes de neige et de batailles de boules.

 

Profitez bien de cette joie simple et éphémère!

Catégories : Photos | Étiquettes : , | Poster un commentaire

La Saga de Sigurðr ou la Parole donnée de Régis Boyer

La saga des Völsungar relate l’histoire de la famille des Völsung dont est issu Sigurðr, héros légendaire germanique. Des aïeux aux descendants du tueur de dragon, le Destin mène le jeu autour du trésor des Nibelungen.

Il faut distinguer deux faits qui peuvent au départ se présenter de manière distincte sans lien apparent, d’une part : Loki ayant tué au pied d’une cascade une loutre, qui s’avère être en fait le fils de Hreiðmarr le géant, se voit contraint de racheter sa vie pour celle donnée. Il retourne à la cascade où vit le nain Andvari, détenteur d’un conséquent trésor. Le nain, transformé en brochet, est péché par le dieu et est obligé de céder son or sur lequel il lance une malédiction.
Hreiðmarr, en possession du trésor, se voit assassiné par ses fils qui espèrent s’emparer de cette richesse mais l’un des deux, Fafnir s’approprie l’ensemble de l’or et se transforme ensuite en dragon.
D’autre part, la saga débute avec une longue mise en situation du héros puisqu’elle commence plusieurs générations en arrière avec la naissance de la lignée des Völsung et même au-delà, ainsi sait-on qu’elle descend du dieu Odin en personne qui apparaitra ensuite à des moments opportuns comme la main du destin. On peut citer en ce sens le symbolique passage de l’outrage originel dont découle toute la destinée de Sigurðr : lors du mariage de Signy (sœur de Sigmund, grand-père de Sigurðr), un homme de piètre mine (on suppose qu’il s’agit d’Odin), fiche une épée jusqu’à la garde dans le tronc d’un arbre. Siggeirr (le marié) et Sigmund tentent de l’en enlever, c’est ce dernier qui y parvient. Siggeirr, fâché, tue Völsung par trahison. Il s’ensuit de tragiques vengeances comme savent si bien les mener nos fameux viking ! Sigurðr nait quelque temps après, de Hjördis (fille de Sigmund) et a comme père adoptif Reginn (fils et meurtrier de Hreiðmarr et frère de Fafnir).
Reginn se sert de Sigurðr pour tuer Fafnir, mais notre héros, prévenu de la traitrise de Reginn, se débarrasse de celui-ci, il devient alors propriétaire du trésor.
Voilà donc que s’emboitent les deux parties du puzzle : la malédiction du trésor et la vengeance qui ne peuvent que s’accomplir par le truchement du héros : Sigurðr. Son destin est tout tracé, il doit rétablir l’honneur dans sa famille et le sien propre et subir la malédiction du trésor.
Il rencontre alors une Walkyrie déchue, (Brunehilde) avec qui il prête serment de mariage.
Plus loin en chemin, il s’arrête chez le roi Gjüki, dont la femme Grimhilde, fait boire une potion d’oubli à Sigurðr qui ne se souvient plus des serments échangés avec Brunehilde et qui se lie avec Guðrun, (fille de Gjüki et Grimhilde). La vérité éclate ensuite. Sigurðr est assassiné, Brunehilde se suicide et Guðrun part. Elle connaitra un destin tragique qui poursuit la saga.
Le résumé en est un peu long, mais nécessaire, Sigurd est la charnière par lequel l’histoire se dénoue et progresse, un pion dans une saga qui a commencé avant lui et s’achèvera bien après.
Régis Boyer nous plonge au plus profond de l’histoire des sagas, des faits historiques avérés, des mythes européens les plus lointains. La première partie de la Saga de Sigurd ou la parole donnée est un essai, nous y trouvons les sources de la saga : les textes écrits (autres sagas, eddas, poésies…) et ses composantes (historiques européennes, légendaires, mythiques et héroïques) qui nous exposent l’œuvre dans sa conception et son évolution. Très complète et dense en informations, cette partie peut être lue avant ou après la saga et de manière indépendante ou ne pas être lue du tout (ce serait dommage!)
La lecture de cette saga est incontournable, elle permet une meilleure compréhension des Eddas (en prose et poétique) et forment à elles trois une base solide à l’appréhension des mythes nordiques.
Un très bon livre, très pointu, à lire avec un petit carnet de notes pour ne pas s’emmêler les pinceaux dans la généalogie et les personnages…

Pour en savoir plus: La Saga de Sigurðr ou la parole donnée

index

La saga de Sigurd ou la parole donnée de Régis Boyer

Catégories : Lectures conseillées ou non, Sagas | Étiquettes : , , | Poster un commentaire

Vers courts pour longs Temps (35)

Trois Nornes sur une âme
Jetèrent leur dévolu
A l’aube d’une naissance
A la source d’une vie…
Leurs chauds baisers accompagnèrent
La cruelle peine
De la séparation soudaine.
Destin s’accomplit
Du ciel à la terre
Du sommeil au réveil.
Veillèrent les belles fées
Sur l’enfant nouveau:
Sans répit luttèrent
A l’accomplissement écrit,
Frappèrent l’ennemi du rayon
Nul ne déviera de sa course
Le lumineux descendant des Dieux.

Lire la suite

Catégories : Poèmes, Vers courts pour longs temps | Étiquettes : , , | Poster un commentaire

Ivresses poétiques (4)

Illusion d’optique

Le soleil vient à sa fin
Sous les pieds trépasse,
La pénombre des défunts
A la sienne prend place.
Au ciel pourtant luit son éclat…

Lire la suite

Catégories : Ivresses poétiques, Poèmes | Étiquettes : , , , | Poster un commentaire

Rendez vous hivernal

Craque la morte branche
Sous le poids du vent
Se déploie la robe blanche
Dans le silence désemparant.

Dorment les âmes en attente
Jusqu’au retour du roi glorieux
Perlent les breloques scintillantes
Dans le noir mystérieux.

Lire la suite

Catégories : Poèmes, Poèmes au long cours | Étiquettes : , , | Poster un commentaire

Le gui, plante sacrée

Il sera bientôt revenu le temps du gui ! Cette plante fascinante et intrigante à haute valeur symbolique a depuis les âges ancestraux été vénérée. Son développement morphologique et biologique très particulier a contribué à la rendre hors norme, entre le magique et le sacré.

Lire la suite

Catégories : je ne dis pas que des bêtises...enfin je l'espère | Étiquettes : , , | 2 Commentaires

Ivresses poétiques (3)

Pluie de saison

Le glas annonce
L’arrivée des ombres
Un coup de semonce
Dans l’air sombre.
L’automne bruine ses feuilles mortes.

Lire la suite

Catégories : Ivresses poétiques, Poèmes | Étiquettes : , , | Poster un commentaire

Premiers givres

A mi-chemin entre l’automne et l’hiver, la nature perd peu à peu les attributs de l’un pour endosser ceux de l’autre. L’or, le rouge et le brun des feuillages laissent place au blanc des premières gelées.
La rosée pare les feuilles perpétuelles de dentelle de givre et de longues traines de tulle fin. Un petit air de fête dont se réjouit le soleil qui ne tarde pas à dénuder les boutons de rose.

Lire la suite

Catégories : Photos | Étiquettes : , | Un commentaire

Au nom du viking de Régis Boyer avec Jean-Noël Robert

Régis Boyer, auteur, traducteur, professeur… au-delà de l’homme de savoir, cet ouvrage nous amène à la rencontre de Régis Boyer, l’homme de passion. Une passion dévorante pour les pays du nord et leur culture.

Lire la suite

Catégories : Histoire et géographie, Lectures conseillées ou non | Étiquettes : , | Poster un commentaire

Propulsé par WordPress.com.

%d blogueurs aiment cette page :